26e vendredi du hirak : y a-t-il tromperie sur la marchandise ?

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Le « hirak » ne lâche pas prise. Dans les démocraties occidentales, la révolution soft séduit. Mais ici, elle commence à pousser à se poser des interrogations à longueur de lignes.

De manif en manif et d’un glissement à un autre, l’on s’éloigne de plus en plus dangereusement de la volonté populaire pour entrer dans les espaces tactiques. De la simplicité du 22 février aux complications de la mi-août, plusieurs mois auront passés, autant de revendications, et autant de changements dans les slogans et les objectifs. Lors du « non » au 5e mandat et du « Bouteflika dégage ! », il y eu consensus national. Puis chemin faisant, on a exigé le départ du clan, la « issaba », le système Bouteflika. Puis on a pointé un doigt accusateur sur les affairistes du système, sorte de Rastignac gloutons dont les signes ostentatoires de richesse font grincer le peuple des dents. Jusque-là, le consensus national a été respecté. Mais uniquement jusque-là.

La mise en marche de la machine judiciaire a été longue à se dessiner, mais une fois lancée, elle a enregistré des résultats qu’aucun Algérien n’imaginait. Qui aurait dit que les Tahkout, Kouninef, Haddad, Oulmi, Mazouz et consort allaient se retrouver en prison ? Qui aurait jamais cru que les Saïd Bouteflika, les patrons du renseignement, Ouyahia, Sellal, Hamel et plusieurs ministres passeraient dans la sombre promiscuité d’une cellule ?

Ceux qui ont « mangé » l’Algérie sont en train de payer les uns après les autres ;   la Justice est en train de faire le nettoyage dans les cercles subalternes de la haute prédation : walis, DG des banques publiques, directeurs des domaines fonciers, chefs de daïras, chefs de sureté et élus communaux sont sur le gril, et plusieurs d’entre eux sont déjà passés à la trappe.

Les animosités affichées à l’encontre de la France et de « hizb frança » allaient trouver leur écho au plan politique, et on peut dire aujourd’hui, sans risque d’être contredit, que jamais le Quai d’Orsay, depuis 1962, ne s’est trouvé en si mauvaise posture qu’aujourd’hui vis-à-vis d’Alger. Les plus proches collaborateurs de Macron le disent sans se cacher, tant les appréhensions sont grandes si Alger arrivait à se détachait politiquement et économiquement.

Respect de la Constitution

Entre le début de la révolution populaire et aujourd’hui, l’Algérie a avancé vers plus de légitimité et de démocratie. Les acquis sont nombreux et indéniables. Les partis de la coalition, hier, hégémoniques, dominateurs et méprisants, ont été laminés par la déchéance de leurs chefs ; l’inamovible patron de la centrale syndicale a été emporté par les vents de la contestation populaire. Tant et si bien que la rentrée sociale 2019 se fera avec de nouveaux acteurs socioéconomiques, de nouveaux leaders politiques, ce qui donnera une chance à la société politique et à la société civile d’être mieux représentées et en pole position. Vu sous cet angle précis, la rupture avec l’ancien système a été définitive.

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Là où la revendication était légitime et bénéfique pour l’Algérie, l’institution militaire et la Justice ont entériné ; mais lorsque l’intérêt de l’Algérie était à l’opposé de la doléance, au risque de froisser certaines revendications, un temps d’arrêt a été marqué.

De « yatnahaw gaâ » au « 3 B berra ! » il y a eu une ligne continue vraisemblable, avec le maintien du strict minimum du personnel politique chargé d’aller à la transition. Bensalah et Bédoui ne demandent que partir, mais on ne part pas avant d’avoir remis le relais afin de rester dans la légalité politique. Tout vide constitutionnel mettrait une faune de prédateurs politiques du droit international en chasse. L’enjeu est hautement stratégique et le pas à ne pas faire ne doit nécessairement pas être fait, ni la bourde de trop commise.

Ceux qui réclament aujourd’hui « madaniya, machi askariya » défoncent des portes ouvertes. L’institution militaire a eu le mérite d’être claire sur le sujet en réitérant, maintes fois, qu’elle et ses dirigeants n’ont aucune ambition politique, aucun vœu d’hégémonie ; mais certainement cette volonté d’éviter plus de débordements et plus de dérapage. La révolution aura atteint son but une fois le nouveau président élu. Passer par une assemblée constituante (une reproduction de la révolution française de 1789) mettrait les cartes maitresses entre les mains de ceux qui ne les méritent pas, n’ayant rien fait de digne pour les mériter.  On a déjà perdu beaucoup de temps et toute perte de temps supplémentaire sera préjudiciable aux intérêts des Algériens.

Des réponses favorables ont été données à une très grande partie des revendications du 22 février ; mais chaque vendredi, une partie du « hirak » en soulève de nouvelles. A croire que nous sommes dans des « hiraks » et pas dans un seul. Ou plutôt dans une espèce de plusieurs sensibilités au sein du hirak, les unes d’accord avec les autres, certains opposés à d’autres. Le « hirak » n’est pas, de toute évidence, un bloc monolithique qui avance à visage découvert, maintenant le cap sur des objectifs assez grands et assez nobles pour ne pas les perdre de vue pendant qu’on avance ; les derniers vendredis donnent la nette impression qu’on se retrouve en face à des sensibilités politiques qui sont passés de l’opposition à l’oppositionnisme systématique et dont les gros bras au sein du hirak avancent à visage masqué.

Non, disent-ils, à l’alternative démocratique ; non, disent-ils encore à la conférence nationale du dialogue. Le Panel de dialogue n’a pas même entamé son premier round de pourparlers qu’on crie déjà à l’échec. Certains refusent pour rallonger la durée du hirak, sans autre objectif que de faire de l’obstructionnisme. Et c’est là une attitude dangereuse, car stérile et stérilisante.

Le plus souvent, au sein des slogans positifs et nationalistes du hirak, coexistent négativisme et oppositionnisme, revêtant les formes d’un refus passif ou d’un refus actif, pour s’associer dans un même tableau avec le hirak national. Donnant la nette image qu’il y a hirak dans le hirak, et que certains avancent avec un faux nez. Des calculs d’épicier font descendre la révolution de son piédestal. Ce qui nous ramène à la question première : y a-t-il tromperie sur la marchandise ?

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